Aux IIe–Ve siècles de l'Hégire, le Maroc islamique n'est pas sous la seule autorité des Idrissides. Plusieurs pouvoirs kharijites exercent une souveraineté locale et frappent leur propre monnaie — affirmation politique gravée dans l'argent. Les Banou Ifren, tribu zénète sufrite, en sont le groupe le plus puissant et le mieux documenté numismatiquement.
À l'époque idrisside, le Maghreb al-Aqsa est un espace fragmenté. Si Fès rayonne sous l'autorité des descendants d'Idris II, les marges — Atlas, plaines atlantiques, régions du Tafilalet — restent le théâtre de pouvoirs autonomes. Les Banou Ifren, convertis au kharijisme sufrite dès le VIIIe siècle, refusent l'autorité aussi bien des Abbassides que des Idrissides.
Leur acte de souveraineté le plus visible : frapper monnaie. Les dirhams émis par Yaala ibn Ahmad (~334–342 AH) et Yaddu ibn Yaala (~347–383 AH) sont répertoriés dans la Checklist of Islamic Coins de Stephen Album (réf. 457M et 457N). Celui de Maazouz ibn Talout (224 AH, atelier Jerhane) illustre la même logique pour les Kharijites contemporains des premiers Idrissides.
Tamim ibn Ziri (420–426 AH / 1029–1035 ap. J.-C.), petit-fils de Yaala ibn Mohamed, est le dernier grand chef des Banou Ifren. Il prit Fès aux Maghraouas, vainquit les Berghwata, et fit construire la Grande Mosquée de Salé en 1028. Sa tribu sera finalement anéantie par les Almoravides vers 1040–1066.