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Comment identifier un dirham idrisside

Publié le 4 mai 2026

Un dirham idrisside tient dans le creux de la main — un petit disque d’argent de deux à trois grammes, vingt à vingt-cinq millimètres de diamètre, couvert d’une calligraphie arabe serrée et d’une patine que douze siècles ont rendue irréversible. Pour qui ne sait pas lire l’arabe et n’a jamais tenu l’un de ces objets, l’identification semble hors de portée. Elle ne l’est pas. Voici une méthode.

Première étape : confirmer que c’est bien un dirham islamique

Avant toute chose, il faut s’assurer qu’on a affaire à un dirham islamique médiéval et non à une imitation moderne ou à une autre pièce de la même région.

Les signes positifs :
– Le texte est entièrement en arabe, sans représentation figurative (pas de visage, pas d’animal)
– La pièce est ronde, de module relativement régulier
– Elle est en argent (le son est clair à la chiquenaude, la couleur gris-blanc)
– Le revers porte généralement la profession de foi islamique (shahada) : lâ ilâha illâ Allâh wahdahu lâ sharîka lahu — « Il n’y a de dieu que Dieu, seul, sans associé »

Les signes négatifs :
– Une pièce trop parfaite, trop régulière, trop brillante est suspecte
– Un poids inférieur à 2 grammes ou supérieur à 3,2 grammes pour un dirham idrisside est inhabituel
– Une écriture grossière ou des lettres mal formées peuvent indiquer une imitation

Deuxième étape : lire la légende centrale

Le dirham idrisside type comporte deux faces. L’avers (face principale) porte au centre, dans un cercle, une formule qui varie selon le souverain et l’atelier — c’est elle qui permet l’identification dynastique.

Sur les dirhams d’Idris II, la légende centrale de l’avers mentionne généralement Idris ou Muhammad (fils d’Idris II dont le nom complet est Mohammed ibn Idris). Sur les pièces plus tardives, d’autres noms apparaissent — Ali, Yahya, al-Qasim — correspondant aux différentes branches de la famille idrisside.

La légende marginale de l’avers est souvent une formule coranique, typiquement un extrait de la Sourate IX (At-Tawba) : Muhammadun rasûlu Llâh arsalahu bil-hudâ wa dîn al-haqq — « Mohammed est l’envoyé de Dieu, qui l’a envoyé avec la guidance et la religion vraie. »

Troisième étape : identifier l’atelier

La mention de l’atelier de frappe (دار الضرب, dâr al-darb) apparaît généralement sur l’un des deux côtés de la pièce, souvent en légende marginale. C’est l’un des éléments les plus précieux pour l’identification.

Les ateliers idrissides les plus fréquents sont :

Si vous ne lisez pas l’arabe, comparez la légende de votre pièce aux images disponibles sur Nanumis pour chaque atelier — la forme des lettres est suffisamment distinctive pour permettre une identification visuelle.

Quatrième étape : lire la date

Les dates idrissides s’échelonnent de 172 à 362 AH. Une date hors de cette plage exclut l’attribution idrisside.

Exemple : la mention مئتين وخمس (deux cents et cinq) correspond à 205 AH — soit environ 820 de notre ère.

Cinquième étape : consulter le corpus

Une fois que vous avez relevé — même approximativement — le nom du souverain, l’atelier et la date, comparez votre pièce aux fiches Nanumis. Le moteur de recherche du site permet de filtrer par dynastie, par atelier et par date hégire.

Chaque type documenté sur Nanumis est désormais associé à une référence NAN — par exemple NAN-I-ALY-205-a pour un dirham d’Idris II, Al Alya, 205 AH, variante a. Cette référence vous permet de communiquer précisément sur votre pièce, de la citer dans un échange ou une publication, et de la comparer aux exemplaires déjà documentés.

Le protocole complet du système de référence est disponible sur nanumis.com/references-nan/.

Ce que la pièce ne dit pas

Un dirham idrisside ne porte pas la de valeur faciale. La valeur d’un dirham était son poids en argent — d’où l’importance de peser la pièce avec précision. Un dirham idrisside en bon état pèse entre 2,50 et 2,90 grammes. En dessous de 2,20 grammes, la pièce est soit rognée (les bords taillés pour récupérer de l’argent), soit usée, soit d’un autre type.

L’état de conservation est un critère majeur pour l’estimation. Les pièces idrissides en très bel état (VF/XF dans la terminologie anglosaxone) sont rares — la plupart des exemplaires conservés aujourd’hui présentent une usure modérée à forte, des champs griffés, ou une légende partiellement illisible. C’est la nature même des pièces qui ont circulé pendant des décennies avant d’être perdues ou thésaurisées.


Pour aller plus loin : la bibliographie de référence sur la numismatique idrisside inclut Eustache (1970-71), Lavoix (1887). Les références croisées entre ces catalogues et le système NAN de Nanumis sont en cours de constitution.