Parmi les dinars mérinides les plus débattus de la bibliographie numismatique, le n°1285 de Brethes occupe une place à part. Longtemps attribué à Abou Inan Faris, l’un des sultans mérinides les plus célèbres, ce dinar frappé à Tlemcen appartient en réalité à un souverain bien différent : Abou Amer Abdellah – عبد الله بن أحمد بن أبي سالم، يكنى أبا عامر – ( 801 – 800 AH/ 1398).
Le dinar de la collection Nanumis pèse 4,53 g pour un module de 30 mm — dans les normes mérinides standard. Il est frappé sans date à l’atelier de Tlemcen (مدينة تلمسان).
Avers — légende du milieu :
عن أمر أبي عامر عبد الله
أمير المسلمين المتوكل
على رب العالمين
ابن الأمراء الراشدين
أيد الله أمره وأعز نصره
« Par ordre d’Abou Amer Abdellah / Émir des croyants, confiant en / Dieu Seigneur des Mondes / fils des émirs orthodoxes / que Dieu soutienne son pouvoir et renforce sa victoire »
Avers — légende circulaire :
ضرب بمدينة تلمسان حرسها الله تعالى وأمنها
« Frappé dans la ville de Tlemcen, que Dieu la garde et lui donne la paix »
Revers — légende du milieu :
الذين إن مكناهم في الأرض أقاموا الصلاة وآتوا الزكاة وأمروا بالمعروف ونهوا عن المنكر ولله عاقبة الأمور
Coran XXII:41 — « Ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la Salât, acquittent la Zakât, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable. Cependant, l’issue finale de toute chose appartient à Allah. »
Les versets coraniques figurent sur de nombreux dinars mérinides — ils constituent l’un des marqueurs de légitimité de la période, invoquant la mission divine du souverain.
Revers — légende circulaire :
بسم الله الرحمن الرحيم / صلى الله على سيدنا محمد / وإلهكم إله واحد / لا إله إلا هو الرحمن الرحيم
« Au nom de Dieu le Clément le Miséricordieux / que Dieu bénisse notre Seigneur Muḥammad / votre Dieu est Dieu Unique / il n’y a de dieu que Lui le Clément le Miséricordieux »
J.D. Brethes, dans son Contribution à l’histoire du Maroc par les recherches numismatiques (1939), répertorie cette pièce sous le n°1285 et l’attribue à Abou Inan Faris (749–759 AH / 1348–1358). Cette attribution est erronée pour une raison simple et décisive : la légende du milieu de l’avers porte explicitement la kounya أبو عامر (Abou Amer) — et non أبو عنان (Abou Inan).
Abou Inan Faris est l’un des sultans mérinides les plus documentés — grand bâtisseur, mécène d’Ibn Khaldoun, frappeur prolifique. Son nom figure sur de nombreuses pièces bien identifiées. Mais précisément parce qu’il domine la bibliographie mérinide, des pièces de sultans moins connus ont parfois été rattachées à son règne par défaut.
Abou Amer Abdellah (عبد الله بن أحمد بن أبي سالم) a règné à peine une année et quelques mois en 800–801 AH (1398). Il fut l’un des derniers sultans mérinides, à l’époque de la domination wattasside, lorsque le pouvoir réel était exercé par les vizirs et que les sultans se succédaient à un rythme accéléré. Sa frappe à Tlemcen témoigne d’une autorité formelle sur cet atelier, bien que son règne n’ait laissé que de faibles traces dans les chroniques.
La mention de Tlemcen (تلمسان) dans la légende circulaire revêt une importance significative. Situé à la frontière orientale du domaine mérinide, cet atelier fut l’objet de rivalités séculaires entre les Mérinides et les Zianides (Banou Abd al-Wad), passant à plusieurs reprises de l’un à l’autre. La frappe d’un dinar à Tlemcen au nom d’Abou Amer Abdellah atteste que cet atelier est, se trouvait au moment de la frappe, sous contrôle mérinide effectif.
La formule « que Dieu la garde et lui donne la paix » (حرسها الله تعالى وأمنها), constitue une invocation protectrice qui reflète peut-être la conscience de la fragilité de cette possession.
Ce dinar, Brethes n°1285, doit être attribué à Abou Amer Abdellah ibn Ahmad ibn Abi Salem, sultan mérinide (800-801 AH / 1397-1398), et non à Abou Inan Faris.
La pièce est référencée dans la collection Nanumis. Elle constitue l’un des rares témoignages numismatiques de ce bref règne.
Dinar mérinide · Or · 4,53 g · Ø 30 mm · Atelier Tlemcen · Sans date · Brethes n°1285 (attribution corrigée)
Référence Nanumis : NAN-M-0010