Caractéristiques de la pièce :
Métal : Argent
Poids : 2.04 g
Atelier : Jerhane – جرهان
Date : 224 AH
Monarque : Maazouz ibn Talout – معزوز بن طالوت
Règne : Kharijites, époque des Idrissides
Contexte historique
Le dirham de Maazouz ibn Talout est l’un des témoignages numismatiques les plus rares de la période idrisside — non pas parce qu’il émane des Idrissides eux-mêmes, mais précisément parce qu’il leur est contemporain tout en leur étant rival.
Au IIIe siècle de l’Hégire, le Maroc n’est pas encore unifié. Si Fès rayonne sous l’autorité des descendants d’Idris II, les régions périphériques restent le théâtre de pouvoirs concurrents. Parmi eux, les Kharijites — mouvement dissident de l’islam naissant — ont établi des principautés autonomes dans plusieurs zones du Maghreb al-Aqsa. Maazouz ibn Talout est l’un de ces princes kharijites locaux, dont l’autorité s’exerce dans la région de Jerhane (جرهان, également transcrit Izarhane), atelier situé dans les contreforts de l’Atlas.
Frapper monnaie est un acte de souveraineté. En inscrivant son nom sur ce dirham d’argent en 224 AH, Maazouz ibn Talout affirme son indépendance politique vis-à-vis des Idrissides de Fès. La pièce porte les formules islamiques classiques — la Shahada, la profession de foi — mais l’identité de l’émetteur révèle une autorité différente.
L’atelier de Jerhane
Jerhane est un atelier peu documenté dans les sources historiques écrites. C’est précisément la numismatique qui en atteste l’existence et l’activité. Ce dirham constitue l’une des rares preuves matérielles d’une frappe monétaire organisée dans cette zone à cette période, ce qui en fait un document historique de première importance, au-delà de sa valeur de pièce de collection.